Écrit par L'équipe de Décoll'âges

Qui êtes vous / qui se cache derrière votre projet ?

Je suis Benjamin Zimmer, à l’initiative du projet, mais il s’agit d’une construction collective. De mon côté, cela fait 15 ans que je suis dans le secteur du mieux vieillir, je suis ingénieur spécialisé en biomécanique, j’ai commencé à m’intéresser à la marche des personnes amputées d’un membre inférieur en travaillant dans un centre de rééducation. Je suis arrivé dans cet univers, par le biais d’un ami rencontré quelques années auparavant à l’âge de 20 ans. Ismaël Guilliorit, amputé tibial depuis sa naissance, est à l’origine de l’association VAGDESPOIR, qui aide les personnes en situation de handicap à pratiquer des sports de glisse. En étant au contact des bénéficiaires de son association, qui se retrouvent, par exemple, paraplégiques du jour au lendemain, mon rapport au handicap a complètement basculé : quand je les vois sur une planche de surf, je réalise que les personnes en situation de handicap, ce sont tous les autres qui ne savent pas surfer. On est quelque part tous en situation de handicap face à des situations dans la vie et il est donc nécessaire de trouver des solutions pour ne plus nous sentir comme tel. En parallèle de cela, j’étais très consterné de voir la manière dont on traite les personnes âgées dans notre pays, en particulier en 2003 lors de la canicule, le fait qu’on les enferme dans une case ou qu’on les assimile à toutes sortes de clichés : ils sont tous pareils, coûtent cher, malades… alors que nous, plus jeunes, si on est là, c’est aussi grâce à eux ! J’ai donc fondé et dirigé Silver Valley, une association à but non lucratif, fruit de ma thèse en doctorat en sciences en génie industriel à l’école Centrale Supélec, puis j’ai eu envie de retourner dans le monde entrepreneurial, car je préfère l’action à la réflexion. Mon objectif n’était pas de repartir d’une feuille blanche, mais de m’associer à un groupe leader dans les services à la personne, à savoir Oui Care, puis de regrouper un ensemble de solutions qualitatives et rentables, sous la forme d’une alliance de distribution qui puisse s’appuyer sur la force commerciale des autres membres, tout cela grâce à un système de recommandation original : c’est ainsi qu’est née Silver Alliance, l’entreprise qui apporte via différents formats (web, print, téléphone) des solutions à chacun pour bien vivre et bien vieillir chez soi.

A quel·s enjeu·x votre projet répond-il ?

Chez Silver Alliance, on a un regard positif sur le vieillissement : toutes les entreprises regroupées sous notre égide ont envie de créer des produits désirables et non stigmatisants pour les consommateurs seniors qui sont des consommateurs comme les autres, voire des consommateurs plus expérimentés et plus exigeants, qui ont acheté des produits et services tout au long de leur vie, et qui continueront à le faire ! Par exemple, on ne propose pas des services d’aide à domicile spécifiques aux personnes âgées, mais on crée simplement des savoir-être différents pour les personnes qui interviennent, on ne propose pas aux seniors de quitter leur maison familiale, qui a souvent vu grandir leurs enfants et leurs petits-enfants, mais on propose l’installation d’un monte-escalier pour continuer à profiter pleinement de toutes les pièces de leur logement, ou encore des opticiens mobiles, qui interviennent directement au domicile des personnes, et n’attendent pas qu’elles viennent vers eux. 

Nous avons également une autre conviction : à plus de 60 ans, on a encore le droit de rêver ! À force d’être soutenu dans mes projets par des seniors qui m’ont beaucoup appris et mentoré, j’avais envie, moi aussi, de leur être utile ! Jean-Pierre Joret, l’un d’entre eux, m’a confié qu’il était passionné d’astronomie et que son rêve était… de rencontrer Thomas Pesquet ! C’est chose faite ! Notre volonté désormais est de valoriser les envies, les aspirations, les rêves extraordinaires de ces seniors comme les autres, pour démontrer que la vie continue, qu’elle est belle, et que les plus jeunes ont également un intérêt à démontrer l’estime qu’ils ont pour nos aînés.

Comment ? Pitchez votre projet à… vos grands-parents !

Pour découvrir l’opération “Rêves de Seniors” certains utilisent Internet, d’autres s’informent via papier, grâce à une communication qui sera omnicanale. Nous avons testé l’attractivité du projet sur différents salons de seniors, ce qui nous a permis de clarifier dans un premier temps ce qu’on entendait par rêve ! Remplir son frigo est un enjeu vital, mais ce n’est pas notre sujet, donc nous irons plutôt chercher un partenaire qui pourra répondre à cette demande. En revanche, sauter en parachute à 85 ans, c’est un rêve que nous pouvons accomplir pour un senior !  

Les seniors nous envoient un bulletin de participation dans lequel ils décrivent l’expérience qu’ils souhaitent vivre parmi les quatre thèmes suivants : activité sportive, activité culturelle, rencontre avec une personnalité publique et projet entrepreneurial. Une fois les rêves recueillis, ceux-ci sont présentés puis sélectionnés par un Comité de Sélection composé de 8 seniors ayant réalisé des actions en faveur du bien vieillir. Parmi nos membres, nous comptons Jean-Paul, 101 ans, le doyen des pongistes français, Bernard, un passionné d’aviron qui a traversé avec 3 amis l’Atlantique à la rame, Marie-France, présidente de l’Association Footeuses à tout âge ou encore Catherine, qui à plus de 60 ans, a décidé de tout quitter pour créer sa propre entreprise ! Nous mobilisons ensuite notre carnet d’adresses, au cas par cas, pour chercher à accomplir les rêves sélectionnés.

A posteriori de la réalisation du rêve, nous avons un double objectif : d’une part, mesurer l’impact et les effets psychologiques qu’un événement aussi exceptionnel peut produire chez nos seniors, d’autre part, promouvoir ces actions sur les réseaux sociaux pour changer le regard du reste de la société, et notamment des plus jeunes, sur nos aînés.

Pourquoi avoir sollicité le soutien de la CNAV IDF et AG2R LA MONDIALE ?

Avec ces institutions, nous avons beaucoup à gagner à travailler ensemble ! Nous leurs apportons la fougue de la jeunesse, une dimension innovante, la réalité du terrain et de l’impact direct à travers nos actions, des éléments qui sont inscrits dans leur raison d’être. Quant à elles, elles sont capables de mettre de l’essence dans notre moteur, pour aller plus vite et plus loin, grâce à la diffusion de nos actions auprès de leur bénéficiaires et à la communication auprès d’autres projets qu’ils soutiennent.

Quelles sont les prochaines étapes de votre projet ? Que voulez-vous avoir accompli dans 1 an ?

Aujourd’hui, avec la crise du Covid-19, le projet reste très empirique et risque de démarrer uniquement en septembre. Nous avons réalisé le site Internet, www.revesdeseniors.fr, et protégé la marque. Nous souhaitons désormais lancer une grande opération de communication pour faire connaître le projet et réaliser une campagne de financement participatif pour engager une communauté plus large et grand public sur le sujet. Dans un monde idéal, on aimerait que le projet grandisse au point qu’il nous dépasse… On ne pourra pas réaliser 50 rêves par mois, on ne veut d’ailleurs pas industrialiser le rêve, car il faut que cela reste quelque chose d’extraordinaire ! Pourquoi pas une émission télé demain ?

Décoll’âges est une communauté aux profils variés et ouverte à tous, mobilisée autour d’une boîte à outils pour porteurs de projet et d’ateliers de rencontre entre entrepreneurs, experts et bénéficiaires.